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lundi, 27 janvier 2014

A lire attentivement!..... #Jour de colère!#

 « C'est une rafle ». L'officier de police qui marche dans le couloir du commissariat ne mâche pas ses mots. Il fait écho à plusieurs agents croisés avant lui, qui ne trouvaient d'autres termes pour désigner l'arrestation massive survenue hier, dans le 7ème arrondissement de Paris. Dimanche soir, près de deux-cents cinquante personnes ont été interpellées, fouillées puis placées en garde à vue pour une nuit ou plus, suite à la manifestation organisée par le collectif "Jour de colère". Pour combien de condamnations ? On ne le sait encore.

 Dimanche, 17 h 30, à l'arrivée de la manifestation.

Les organisateurs n'ont pas fini de crier leurs revendications au micro que, au loin, des dizaines de cars de CRS sont prêts à intervenir. Toutes les issues menant à la place Vauban, où se trouvent l'estrade et la sono, sont bouclées. Pour y parvenir, on est obligé de palabrer devant un barrage de CRS. Sur scène, les intervenants égrènent leurs reproches et demandent la démission du gouvernement. Béatrice Bourges, du "Printemps français", annonce un « jeûne ». Une partie de la foule présente - quelques dizaines de milliers de personnes - commence à se disperser. La journée explosive qu'attendaient certains observateurs n'a pas eu lieu.

Très vite, quelques pétards éclatent. Un fumigène est allumé. Une trentaine d'ultras tentent d'enflammer la soirée [des témoignages faisant état d'agents provocateurs déguisés commencent à circuler sur le net - NDLR]. Mais la pluie tombe, il n'y a plus grande affluence et l'ambiance est à la discussion. Jets de gros pétards et (sans doute) de quelques bouteilles constitueront l'essentiel des échauffourées, qui dureront une grosse demi-heure. Les agitateurs, peu nombreux, sont concentrés sur un seul barrage de police. Quelques barrières mobiles sont déplacées. A cinquante mètres de là, un vendeur ambulant de sandwiches continue de faire tourner ses saucisses. Des sorties violentes d'agents en civil ramènent définitivement le calme.

L'étau impressionnant de CRS se referme sur ceux qui n'ont pu ou n'ont pas osé sortir de la place. « Pu..., c'est quoi ce guet-apens ?! », s'exclame un manifestant quand il découvre qu'il est encerclé. La soirée ne fait que commencer...

Les forces de police avaient été dépêchées en masse, dimanche 26 janvier dans les alentours de la place Vauban

« Vous êtes ici car vous êtes accusés d'attroupement armé ». La situation serait comique si la phrase n'était prononcée très sérieusement par un officier de police judiciaire (OPJ), dans la caserne du 18èmearrondissement où ont été amenés les interpellés. Les chefs d'accusations ont été émis par le Parquet (ministère de la justice) suite aux constatations des forces de l'ordre (ministère de l'intérieur). Ils portent également sur le classique « non dispersion après sommation » dont ont souffert les anti-mariage gay l'an dernier, ainsi que sur des « dégradations » et des « violences physiques envers agents ». Un passif bien lourd pour les trois-cents personnes qui se succèdent dans les bureaux. Côté police, aucune preuve du méfait n'est avancée. Et on ne laisse aucun moyen au prisonnier de prouver sa bonne foi. « Les OPJ sont un peu sous pression, expliquera plus tard un responsable. Ils notifient la garde à vue puis procèdent à un interrogatoire, mais c'est le Parquet qui contrôle le tout. Cette capacité du Parquet est une souplesse dans la procédure destinée à éviter certains manquements. Mais dans le cas de cette manifestation, l'officier de police judiciaire est davantage un scribe qu'un enquêteur. » Une fois encerclée, la personne entre dans un engrenage dont elle ne peut sortir : interpellée, elle est ensuite conduite en garde à vue sans pouvoir se défendre puis placée en cellule. A l'origine, il y a donc un ordre du ministère de l'intérieur : « Les CRS sont dirigés par des commandants qui prennent leurs ordres du préfet, et celui-ci prend ses ordres au ministère de l'intérieur », souligne un agent de police.

Convoyage dans les fourgons blindés de la police. Des célibataires fans de Dieudonné, un père de famille issu de la 'Manif pour tous' et des curieux rigolent de leur situation ubuesque. Derrière, d'autres véhicules.

Dans la cour enceinte de barbelés de la caserne, un franc-comtois très calme se rappelle ses escapades en Allemagne de l'est pour son travail. « C'est comme en RDA ici ». Piégé sur la place Vauban, l'homme a raté son TGV du soir et ne sait comment il paiera celui du lendemain. Chez les CRS, les heures de surveillance commencent à délier les langues. L'un affirme malicieusement qu'il faut « brûler des voitures et faire des émeutes pour se faire respecter », un autre s'indigne : « Quand on voit ce qu'on nous demande de faire ici et tout le ramdam qu'on fait sur l'Ukraine... C'est n'importe quoi ! ». Un troisième, qui en a vu d'autres dans sa carrière, ne supporte plus d'enfermer des gens pacifiques. Plus loin, prêt à dégainer la matraque au moindre débordement, un « Robocop » affirme que « les manifestations ne servent à rien, c'est le système qui veut ça... ».

L'enceinte barbelée de la caserne de police, rue de l'Evangile. Les convois s'enchaînent pour déverser leurs prisonniers.

Vers minuit, direction un commissariat du 11ème arrondissement pour être placé en garde à vue effective. Dans le fourgon, trois policiers (dont deux femmes), et sept passagers. L'ambiance est détendue mais les agents demeurent stricts avec le règlement. Tentative de coup de fil urgent et exceptionnel ? Refusé en dépit des explications. Proposition de changer sa place avec un autre homme pour qu'il soit dans le même commissariat que sa femme ? Hors de question. Le mari sera envoyé dans le cinquième arrondissement, la femme dans le 11ème. Les reproches pleuvront sur les agents. A l'arrivée, des policiers accueillent leur marchandise avec stupeur et éclats de rire ; tout dans leurs attitudes déplore les ordres qu'ils reçoivent. Très affables, ils détaillent le déroulement de la garde à vue : la fouille au corps, la prise d'empreinte et les photos, l'interrogatoire avec l'officier de police judiciaire, l'entretien éventuel avec un avocat. Autant d'évènements qui rythmeront la nuit, à intervalles irréguliers. Mais les ordres sont des ordres : direction la cellule. Elle est relativement exigüe, la propreté des murs et des couvertures est incertaine, la senteur - désagréable. Une caméra est accrochée au plafond. Non loin, dans une autre cellule, Isabelle et Cécile discutent. La première a hâte de rejoindre ses enfants, qui sont restés seuls à la maison ; la seconde est étudiante et risque de rater un partiel important le lendemain. Les deux femmes n'en gardent pas moins toute leur fraîcheur.

Lundi, 11 heures. Les verrous de la porte sautent avec fracas. « C'est bon, c'est la fin de la garde à vue », lance un agent. Récupération des objets personnels, puis sortie. Dehors, il fait gris et froid. Dans le métro, des journaux gratuits sont posés sur le rebord des sièges. Qu'écrivent les confrères ? L'un annonce qu'une manifestation « extrême » s'est terminée dans des heurts avec des ultras et qu'environ 150 personnes ont été interpellées. L'autre fait sa Une sur les révoltes en ... Egypte et ne dit mot des évènements parisiens de la veille. Pendant ce temps, en France, les arrestations massives et arbitraires sont de plus en plus utilisées par le pouvoir.

20:38 Écrit par fnpuydedome | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | |

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